Aujourd’hui, lundi 20 avril, nous voici au 35ème jour de confinement. Même pour une «preppers» comme moi, le confinement commence à avoir des conséquences psychologiques : j’ai l’impression claustrophobe d’étouffer quand je monte me coucher sur ma mezzanine trop basse. Comme lorsque je dormais à l’étage supérieur du van durant mon road trip australien il y a quelques années.

Et pourtant, je devrais être contente, comme toute bonne survivaliste : c’est enfin la fin du monde tel qu’on l’a connu qui s’annonce ! Plus besoin de se cacher, on peut enfin assumer pleinement cette tendance. Et en plus , comme on s’est bien préparé, on peut faire un pied de nez aux autres….

Heu, alors justement… L’angoisse du « preppers » (celui qui se prépare à pire ), c’est de ne jamais être assez bien préparé, pour un évènement qui, si tout va bien, ne reste qu’un fantasme. De plus, comme on ignore quelle forme va prendre la fin du monde, on ne peut être préparé à tous les scénarios.

Alors justement, moi, je n’étais pas prête. J’avais même cessé ma préparation car cela générait trop d’angoisse chez moi (et de la moquerie chez les autres). Et comme j’aime beaucoup les autres (et pas beaucoup leur jugement), je m’étais mise au bushcraft (art de vie primitive) et à la permaculture, le premier dans un souci historique (« réapprendre les gestes »), la deuxième dans un souci de positiver et de créer un autre modèle que celui qui m’était servi depuis ma tendre enfance. Bon, ça générait aussi des moqueries ! On finit par s’habituer à la marge… (Je vous mets quand même quelques liens vers mes formateurs en bas de page, parce que je suis sympa!).

 

Le 15 mars, je suis à Londres et dans la nuit, je me réveille avec une intuition : il faut que je rentre le plus vite possible en France. Ça fait  quelque temps que monte la rumeur : un virus se propage. Les chinois qui ont mangé du pangolin et de la chauve-souris, la forêt amazonienne qui a presque disparue et les glaces qui fondent font surgir des maladies inconnues de l’homme jusqu’alors. (Même pour une mécréante, il est difficile de ne pas voir un remake des dix plaies d’Egypte qui s’abattent sur nous en 2019 : incendies en Californie et en Australie, sauterelles e n Afrique, inondations un peu partout, cyclones et maintenant virus.)

Le 16 mars, je demande à la BBC (où je travaille) de partir plus tôt que prévu. En plus, Boris Johnson vient d’annoncer que la période d’auto-confinement de toute personne ayant les symptômes du Covid 19 passait de 7 jours à 14 jours. Ce qui signifie pour moi, le risque d’être confinée dans une chambre, dans un appartement avec des inconnus (jamais réussi à créer de liens avec mes colocataires, c’est apparemment normal à Londres d’ignorer les gens avec qui l’on vit) : rien que ça, c’est un risque majeur en situation de survie. L’homme est un être social, il ne survit pas seul.

Le 19 mars, je suis dans un avion direction Nice. La France est déjà en confinement depuis plusieurs jours mais je réussis à atteindre sans encombre mon petit village de montagne. Soupir de soulagement : ici, l’entraide est une réalité bien établie.

 

Un village au loin

La France est hébétée et passe son temps, comme ailleurs, à compter et recompter : les malades, les morts, les masques qui n’existent pas, les respirateurs qu’il faut construire. On se compare entre voisins, on se vole les cargaisons de masques entre pays civilisés. Certains se calfeutrent car ils sont « à risque ». D’autres sortent insouciants, voire carrément négationnistes et nous postillonnent à la figure leur théorie du complot. Quand ils ne crachent pas volontairement sur les étals ou à votre figure (je n’invente rien). Personne ne sait qui a tort ni raison. On veut protéger les anciens en maison de retraite en les coupant de leurs derniers liens amicaux et familiaux. En même temps, on ne leur garantit pas l’accès aux respirateurs en cas de maladie : on leur garantit une mort solitaire. Certains pleurent et ne comprennent pas pourquoi on leur refuse les sorties avec un papier comme tout le monde (je n’invente rien).

On voudrait se procurer de la chloroquine (tout bon survivaliste doit avoir cela chez lui en quantité). A défaut, on apprend à se coudre un masque (mention spéciale pour le bonnet de soutien-gorge : le ridicule ne tue pas et ce qui ne tue pas rend plus fort, je rappelle: en survie, ça compte !).

Côté gouvernement, on nous promet le retour « à la normale » dès que possible, port du masque en sus. Vivement qu’on re-consomme !

Mais plus rien ne sera comme avant. Plus rien ne doit l’être. C’est la promesse de cet effondrement. Pour ma part, je pense que Dame Nature est en train de nous donner une bonne leçon. Saurons-nous nous remettre en question ?

Pour l’instant, nous sommes dans la survie : il faut absolument empêcher que les organes vitaux de l’humanité au sens large ne soient touchés. Nos infrastructures stratégiques doivent s’effondrer le plus lentement possible : je pense aux centrales nucléaires en premier chef, aux usines dangereuses. Le manque de personnel de maintenance pour cause de maladie signifierait sans doute l’impossibilité de survie car les effets seraient bien plus radicaux. Je pense aussi à l’approvisionnement en eau potable, aux traitements des déchets, l’approvisionnement en nourriture. Hélas, cette crise met en lumière notre dépendance à l’industrie agro-alimentaire (trois jours de réserve de nourriture à Paris): on a beau clamer qu’il n’y aura pas rupture d’approvisionnement, pas besoin d’avoir suivi des cours de survie pour stocker le papier toilette. Enfin, certains les auraient suivis qu’ils auraient privilégiés le stock d’eau et de bougies à la place. Heureusement, les chanceux peuvent encore jardiner et organise la subsistance. Les plants de légumes sont redevenus de première nécessité (ils ne l’étaient pas au début du confinement). Problèmes: dans mon village, on vole les plantes et on crève les pneus (210 en une nuit, pétage de plombs?). De mémoire de villageois, on a jamais vu cela. Il y a aussi la délation. Pour un apéro pris à distance sociale en extérieur, on appelle les flics. Ce n’est pas mieux au niveau national (à quelques exceptions régionales notables): le 17 croule sous les appels (article sur la délation).

Il y a là tous les signes de l’effondrement, le bon et le mauvais. 

Tout s’improvise et s’organise. L’entraide, la solidarité pour pallier à l’angoisse. Il ne s’agit pas juste de notre survie individuelle, on a tendance à l’oublier. Mais de la survie de l’humanité et de nombreuses espèces que nous entraînons dans notre chute.
Une autre question se pose : l’humanité mérite-t’elle de survivre ? Est-elle prête à faire l’effort de revoir sa manière de vivre ? Quels choix d’humanité pour le futur ? Va t’on renflouer les industries polluantes ? Ou privilégier des systèmes éprouvés de résilience comme la permaculture ?
L’effondrement est une occasion unique de regénérer le système, de créer un autre modèle de société, d’offrir un futur aux nouvelles générations.

Pour s’y préparer, on a encore accès à internet car l’effondrement, c’est notre chance, est lent. Il y a des MOOC (Massive Open Online Course) sur la permaculture, la botanique et mille autres idées concrètes à grapiller. Il n’est plus temps de se gaver, impuissants de chiffres mais de reprendre le pouvoir et d’agir sur notre destin. Ça se joue maintenant, tout de suite. Et VOUS, vous décidez quoi ?

Quelques liens utiles de mes formateurs:

Survie francophone. point de vue d’un survivaliste sur le Covid 19

Art de vie primitive ou bushcraft: https://www.lynxvilden.com/

Permaculture: c’est par ICI

 

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